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Les résidences d’art au temps du Covid-19

Par Vladimir de Vaumas et Alexandra Christev
Illustration par Katya Mora, 2020, « for nomads quarantine is exile » 

 

Comment la culture va-t-elle survivre à cette pandémie mondiale ? Où se tient l’art quand une crise mondiale frappe toutes les populations ? Quel rôle joue-t-il lorsque les priorités des gens sont tournées vers leurs besoins fondamentaux : santé, nourriture et abri ? Nous vivons tous maintenant dans cet état d’urgence mondialisé, où de graves problèmes sanitaires doivent être résolus avant de repenser à la mobilité culturelle. Avec presque toutes les frontières fermées et l’émergence d’une crise économique sans précédents due à l’arrêt temporaire de nos sociétés de consommation, comment les résidences vont-elles surmonter le manque d’artistes itinérants dans les prochains mois pour les plus chanceux et des années pour les pires cas ?

Pour les résidences d’art en cours et qui accueillaient des artistes lorsque les ordres de confinement ont frappé, la réponse naturelle est d’organiser des activités en ligne comme des expositions finales, des visites d’ateliers privés, des carnets d’artistes ou tout simplement des interviews sur l’état d’esprit de leur créativité en cette période de confinement obligatoire. D’autres ont déjà lancé leur « résidence virtuelle » pour proposer un substitut temporaire aux résidences régulières.

Un autre phénomène est également perceptible, de nombreux artistes dans le monde ont utilisé des termes comme « auto-résidence d’art » ou « résidence en quarantaine » sur les réseaux sociaux pour exprimer leur situation domestique, utilisant ce temps isolé du mieux qu’ils le feraient dans la résidence où ils étaient censés aller. Mais une résistance émerge également face à cette culture digitale, les artistes affirmant que l’art vise à connecter les gens et que la virtualité ne sera pas suffisante puisque les les arts sont la clé pour comprendre les relations humaines. Cependant, à une époque où nous nous tenons entre éviter les relations sociales et préserver ce qui reste de nos cultures, la connectivité semble être une solution temporaire pour ne pas perdre notre raison et garder à l’esprit notre multi-culturalisme.

Une autre question émerge de manière inattendue de ce nouvel ordre. Depuis que les industries ont fermé leurs portes dans le monde entier, les vols commerciaux et les transports maritimes étant fermés pendant quelques semaines au moins, nous avons déjà pu sentir la qualité de l’air s’améliorer dans la plupart des capitales et pu voir la faune et la flore reprendre son règne un peu partout. Les arts et l’activisme étant proches, c’est l’occasion pour les « artivistes » d’ouvrir la voie vers une plus grande prise de conscience sur la façon dont le capitalisme et la mondialisation ont eu un impact dramatique sur notre monde au cours du siècle dernier. Dans cet effort mondial pour contrer le Covid-19, beaucoup pensent à un monde post-pandémique qui ralentirait le rythme de nos sociétés vers un mode de vie plus conscient, plus respectueux de nos écosystèmes déjà fragiles, et c’est le moment de questionner aussi la pertinence des voyages internationaux et l’impact du tourisme sur notre avenir.

À ce stade, il est important de souligner que les artistes en résidence sont considérés comme des « touristes culturels » et participent à ce que l’on appelle aujourd’hui le « tourisme lent », ce qui signifie rester plus de 3 semaines au même endroit. La durée moyenne de séjour en résidence est de 1 à 3 mois, permettant à un artiste de comprendre son nouvel environnement, de s’y adapter et de s’en inspirer. Nous croyons en effet que la mobilité culturelle participe à l’enrichissement des connaissances et à la tolérance, bien nécessaires à notre époque.

N’oublions pas le rôle principal des artistes dans notre société et leur intention d’exprimer et de vulgariser les problèmes de notre monde. Cette pandémie laissera une cicatrice historique sur notre mode de vie et nous aurons besoin d’artistes pour nous aider à traverser ce traumatisme. À travers leurs expériences de voyage, les artistes présentent des réalités différentes, des cultures différentes et peut-être maintenant des façons différentes dont les gens font face au virus et qui n’est évidemment pas le même partout. Les artistes s’engagent plus que jamais et ils auront besoin d’une scène internationale pour articuler leurs recherches, réflexions et critiques.

Avec 5 000 résidences d’art dans le monde en 2020, un nombre en constante augmentation depuis le XXIe siècle, et plus d’un demi-million d’artistes à la recherche de programmes de résidence chaque année, nous pensons que les artistes et les résidences survivront à cette pandémie. Alors, aux résidences du monde entier, profitez de ce temps offert pour renforcer vos réseaux et continuer à ouvrir vos espaces, pas physiquement bien sûr mais virtuellement pour l’instant, pour continuer à promouvoir un espace de réflexion au milieu de cet enfermement. Utilisez votre créativité à fond et utilisez ce temps à bon escient, engagez-vous et utilisez les outils numériques pour vous connecter à votre communauté. Il n’y a pas de problème sans solutions, et parce que cette pandémie nous touche tous, soyons encore plus collaboratifs.

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